Privilèges
Avec mes privilèges, je fais partie d'une minorité de tous les habitants de la Terre. Non seulement je peux me permettre de poursuivre mes rêves canadiens, peut-être est-ce...


Publié: 29.01.2020
Quand je ne fais pas de ski, je travaille comme technicien de ski. Et quand je ne règle pas des fixations de ski, n'affûte pas mes carres et ne brûle pas mes mains avec de la cire, je fais du yoga. Je ne fais certainement pas partie des fanatiques de la santé, mon ventre de bière prouve le contraire, mais je m'éclaire grâce au yoga, car c'est bénéfique. Comme mon corps est aussi souple qu'une plaque de granit et que je découvre des muscles inconnus chaque jour, mon groupe de yoga est composé de femmes au foyer matures.
Il y a des gens qui sont stupides et heureux (selon la devise stupide-fait-bien). D'autres personnes sont plutôt intelligentes et dépressives. Je me classe parmi ceux qui sont parfois sensés, parfois mélancoliques et appartiens plutôt à la catégorie des sorciers. À côté des sorciers silencieux, il y a les guerriers bruyants et résilients aux stimuli. Entre les deux, il y a une gamme de sorciers guerriers comme Harry Potter et des guerriers sensibles comme Greta Thunberg. Les dernières décennies ont été dominées par des guerriers et certains de ces mercenaires sont responsables de notre crise sociale et écologique. Les sorciers avec leurs exigences élevées, leur besoin de retrait et leur grand besoin d'harmonie sont plutôt considérés comme des contemporains faibles. Pourtant, ils possèdent, c'est la raison pour laquelle je parle de sorciers, un sens aigu de la capacité à saisir rapidement l'essence d'une situation ou d'une personne et seraient d'importants conseillers sacerdotaux dans notre société. Le monde a besoin des deux : de Guillaume Tell et de frère Klaus.
Les sorciers doivent se méfier dans un monde complexe de ne pas se laisser engloutir par leurs pensées. C'est pourquoi j'inspire et j'expire, je tord douloureusement mon corps et je sens le pied de fromage de ma voisine yogiste sur mon visage. Une chose est sûre : je ne rirai plus jamais de l'expérience en yoga d'Annina pendant que je tord moi-même mes membres en gémissant.
