carotte-en-roue-libre
carotte-en-roue-libre
vakantio.de/carotte-en-roue-libre

Pierre Avoi : chronique d’une ascension fondatrice Reportage alpin

Publié: 16.07.2026

Attirance
Pierre Avoi
Saxon, Suisse
Tournée
Ascension de la grande voie Pierre Avoi
Randonnée
Manger
bar de la station en contrebas
$$ · Dîner

Ils sont quatre ce matin-là à s’engager sur la paroi. Deux cordées, une même envie de verticalité, et une grande voie suisse au programme : Pierre Avoi.

Hugo prend le lead de la première cordée, un choix évident; il a la plus grande expérience et Orane découvre la grande voie aujourd'hui.

Dans la deuxième cordée Caroline prend les choses en main, elle a de l'expérience et se sent capable de mener la danse.« Si tu es OK, je peux prendre le lead. »

Préparation (presque) irréprochable

Côté matériel, l’essentiel est là : dégaines, cordes, longes, sangles, reverso. Tout est prêt… ou presque. Une fois au pied de la voie, le constat tombe : "les casques, on a oublié les casques". Un oubli que seuls de « vrais » alpinistes peuvent assumer avec autant de naturel.

Heureusement, la solidarité montagnarde fait encore partie des usages. Des casques sont prêtés, avec promesse de restitution. Ils seront rendus plus tard au bar de la station en contrebas. La montagne pardonne parfois. Mais elle n’oublie jamais.

Dans la paroi, les cordées progressent

Les premières longueurs s’enchaînent plutôt bien. Puis viennent ces moments typiques de grande voie : ceux où l’on s’arrête, suspendu à un relais, parce que « là, quand même, ça fait quelque chose ». Le rocher se redresse, le vide s’installe, et la peur — parfaitement légitime — se fait entendre. Parfois à voix haute.

On entend alors des « ah, ça fait peur » résonner dans la paroi. Mais toujours suivis d’un mouvement, d’un pas, d’une avancée. La corde glisse. Lentement, mais sûrement. Depuis le relais, la voix sert d’ancrage : des encouragements, une présence souvent importante quand la corde cesse de bouger. Motivation réciproque lorsque les rôles s’inversent, un équilibre parfait.

Aux relais, on souffle. On rigole. On dédramatise. Puis on repart vite — parce qu’il reste encore « quelques » longueurs, et que le sommet ne s’atteint jamais en traînant trop longtemps.

Le pas de côté

Un passage en particulier impose un arrêt plus sérieux. Face au vide, il faut décaler le pied. Simple à dire. Beaucoup moins à faire. Le mouvement demande engagement, confiance et un certain détachement vis-à-vis de la gravité.

Soutien sans faille de l'assureur et de la première cordée déjà arrivée, qui observe la progression des ses homologues. La manœuvre passe. La cordée aussi.

La dernière longueur : tout est là

Et puis arrive cette dernière longueur. Techniquement abordable. Mentalement… autre chose. La voie contourne le rocher et s’ouvre soudain sur le vide. La vallée apparaît, immense, avec les montagnes enneigées en toile de fond. L’impression d’être suspendus entre ciel et terre. Tout est là : le silence, l’altitude, la conscience brutale de l’ascension accomplie.

Et là, suspendues face au vide, elles prennent conscience de tout ce qui a déjà été gravi.

Quelques mouvements plus tard, le sommet est atteint.

C’est l’ivresse. Celle de la réussite, mais surtout celle d’avoir vécu quelque chose ensemble. Celle d’avoir tenu, ensemble. D’avoir avancé malgré la peur. D’avoir fait confiance à la corde… et à l’autre. Une voie est libérée. Un souvenir aussi. Une confiance mutuelle, solide, évidente, presque instinctive.

Après la montagne

L’histoire ne s’arrête pas à la descente. Plus tard, il y a une fondue. Simple. Évidente. Partagée. Puis une nuit entière à parler. À refaire le monde. À apprendre à se connaître.

Cette voie n’était pas une ascension parmi d’autres. Elle arrive au tout début de leur amitié. Et elle en devient le socle. Depuis, il y a eu beaucoup d’expériences. Mais celle-ci reste fondatrice.

À ce moment-là, rien ne laissait encore présager la suite. Elles se connaissaient peu. Suffisamment pour s’apprécier, pas assez pour parler de réelle amitié. Cette ascension arrive tôt, très tôt, dans une relation encore en construction.

Et pourtant, en quelques longueurs, quelque chose bascule. La montagne accélère ce que le temps met parfois des années à installer : la confiance, l’écoute, la certitude que l’on peut compter l’une sur l’autre. Il y aura un avant et un après cette grande voie.

Si cette ascension figure dans ce journal, ce n’est pas pour la difficulté de la voie ni pour la hauteur du sommet. C’est parce qu’elle marque le moment précis où une simple entente est devenue une amitié. Et où deux personnes ont su, suspendues au-dessus du vide, qu’elles pourraient avancer longtemps ensemble.

Fiche technique

• Date: Dimanche 4 août 2024

• Voie : Pierre Avoi, 1907 Saxon, Suisse

• Style : Grande voie équipée, Dalle

• Participants : quatre alpinistes, deux cordées; Cordée 1: Orane Mundler & Hugo Meignan / Cordée 2: Caroline Hérail & Célia Grech, soutien psychologique: Milo)

• Matériel : cordes, dégaines, reverso, longes, sangles, mousquetons, prussik et casques empruntés

• Conditions : Ciel ensoleillé malgré quelques nuages, juste assez de vent pour faire peur.

• Enseignement : certaines voies ne rapprochent pas seulement du sommet, mais durablement des personnes

En un coup d'œil

Extrait automatiquement de la publication
Durée
1 Jour
Météo
Été
Accompagnement
Dans le groupe (4)
AventureuxCulturelHors des sentiers battus
  • Ascension de la grande voie Pierre Avoi
  • Sommet atteint après une progression en deux cordées
  • Fondue partagée après la montagne
  • Nuit entière à parler, à refaire le monde
cordesdégaineslongessanglesreversomousquetonsprussikcasques
MontagnesAventureCulture
carotte-en-roue-libreFolge diesem Blog und verpasse keine neuen Beiträge.
Répondre